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 ♫ Ode à la macédoine de légumes ♫

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MessageSujet: ♫ Ode à la macédoine de légumes ♫   Sam 27 Jan - 19:37


Deux heures que Bo campait devant son bureau, le stylo à la main, et toujours rien, sa copie restait désespérément vierge. Son imagination le fuyait, sa créativité lui faisait terriblement défaut en ce moment pourtant ô combien crucial. Il avait beau retourner le problème en tous sens, compulser les maigres notes qu’il avait prises durant les cours de William, rien n’y faisait. Ça ne venait pas. Y avait-t-il dans ce bas monde de détresse plus cruelle que celle de l’artiste confronté au syndrome de la page blanche ? Le génie créatif fauché en plein vol, telle Hedwige terrassée par des Mangemorts. Même le sujet du devoir semblait vouloir le narguer, trônant tout en haut de la copie : « La Macédoine face à la Grèce au troisième siècle avant Jésus Christ ».
Il avait besoin de faire un break, de se changer les idées. C’est pourquoi il s’assoupit, se laissant bercer par le bruit de la pluie qui frappait la fenêtre en cette fin d’après-midi.

Il traînait maintenant dans le désert depuis plus de vingt-huit jours, et déjà quelques mirages lui disent de faire demi-tour. Mais il ne les écoute pas, il sent au fond de lui qu’il doit poursuivre ses pérégrinations. La chaleur est suffocante, mais pourtant il n’a pas soif, car seule sa destination le préoccupe. Un peu inquiet, il finit par demander son chemin à un dromadaire, unique créature vivante à perte de vue, et qui ne devait sa deuxième bosse qu’à une grave chute du haut d’une dune. Le brave camélidé lui conseilla de continuer toujours vers le Nord jusqu’à la Grande Montagne, mais que s’il aimait les pruneaux, qu’il consente alors un petit détour par Alexandrie pour aller goûter son far, qui, parait-il, était des plus fameux, tout en le mettant en garde contre les dangers d’une alimentation trop riche en fibres en milieu désertique.
Somme toute rasséréné par cette bonne nouvelle, c’est avec un cœur ragaillardi que Bonaventure reprit sa route, bien décidé à affronter toutes les embûches que le destin viendrait à n’en pas douter à dresser sur son chemin.

Il chemina encore pendant de nombreux jours et de nombreuses nuits, jusqu’à arriver un beau matin au pied d’une montagne majestueuse. Là tout n’était qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté. Il n’y avait pas à dire, l’endroit en imposait vraiment, on aurait dit que la majesté le disputait à la bravitude, ou tout du moins quelque chose dans ce goût-là. L’ascension lui prit la journée, tant et si bien que quand il parvint enfin au sommet, le soleil commençait à disparaître à l’horizon, projetant sur le paysage une aura venue d’un autre monde. C’était magnifique à en pleurer d’émotion.
C’est alors qu’elle apparut. Elle semblait être tombée du ciel, à travers les nuages. Quel heureux présage ! Ses cheveux flamboyants réfléchissaient la lumière de l’astre solaire et conféraient à l’instant une dimension irréelle. Quand elle s’adressa à lui, Bo était totalement fasciné, il buvait le moindre mot qui sortait de sa bouche comme si c’était du nectar. Son message, même si aucune transcription ne saurait en conserver la puissance originelle, disait à peu près ceci : « Regarde autour de toi, la solution est toujours plus près qu’on ne le croit. »

Bo se réveilla animé d’une certitude : l’attente était finie, la solution était sous son nez. Il détailla l’appartement, à la recherche de sa Muse. Et soudain il la vit, comme entourée d’un halo mystique. Un plein saladier de macédoine de légumes, que William avait préparé à la va-vite en lui demandant de la mettre au frigo rapidement. Quelle chance qu’il ne l’ait pas fait ! L’art aurait à coup sûr perdu une œuvre d’une importance inestimable, et il en avait parfaitement conscience. Délaissant son saladier, il se saisit de son stylo et rédigea sa dissertation d’un trait, animé par une puissance créatrice qui le dépassait complètement. La seule retouche qu’il apporta à sa première version fut de remplacer « Passe-moi la mayonnaise » par « Tu saccages et tu baises » ; pas tant pour mieux coller à l’ambiance de l’époque, mais surtout parce que la rime était vachement moins riche, et pas du tout réciproque.
Le sentiment du devoir enfin accompli, il put prendre du temps pour admirer le travail, sa copie brandie à bout de bras. Tout y était : la perfection du rythme, la profondeur du texte, la subtilité des sonorités, c’était vraiment du très beau travail.
Le cœur enfin léger, il s’accorda une pause, attrapa son k-way, à cause du temps morose. Il quitta alors l’appartement, laissant là son chef-d’œuvre. La postérité l’attendait, il ne fallait pas en douter.

Ode à la Macédoine de légumes
(ou l’alexandre ressuscité)

Alexandre mon Grand,
Vient donc te roborer
De céleri, de navets,
De petits pois gourmands.

N’oublie pas ton frichti,
Conquérir ça donne faim
Les ptits pois sont petits
Et j’en perds mon latin.

Chevauchant Bucéphale,
Ton destrier morfale,
Jusqu’au Péloponnèse,
Tu saccages et tu baises.

Hephaestion te cherche,
Pour t’exploser le derche,
L’alcool et les morpions
De toi auront raison.

Attention v’là les Grecs,
Défends-toi mon enfant,
Pourquoi donc une pastèque,
Tu s’rais pas un peu gland ?

Je suis vieille, et puis moche,
Ne me laisse pas seule,
Regarde l’état d’mes meules,
J’ai même plus ma caboche

Voilà que tu es mort, ton royaume est en pleurs,
Ton empire morcelé, en brunoise, en p’tits dés,
Et en plus ils pavoisent, comme Thessaloniké,
Aristote aussi dort, dans sa dernière demeure.


Bo
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MessageSujet: Re: ♫ Ode à la macédoine de légumes ♫   Sam 27 Jan - 21:38

Il allait s'arracher les cheveux. Assis à son bureau dans son appartement, William corrigeait les dissertations de ses élèves... et venait de lire l'oeuvre de son cousin, qui était justement en train de chanter à tue tête (et faux) "All by myself" sous la douche. Il se leva, alla chercher la macédoine plus trop fraîche dans le frigo, rentra dans la salle de bain et les yeux fermés balança tout dans la douche. Il ressortit aussitôt de là, posant le saladier à côté de lui en rentrant dans son bureau et se mettant à écrire sur la copie de son cousin.

"1/20
Un usage de beaux mots peu pertinent. Si vous n'avez rien à dire, laissez le silence le dire pour vous. "

*Crétin*, pensa-t-il. Pourquoi fallait-il qu'il soit apparenté à un crétin pareil ? Par contre, il devait bien lui reconnaître ça, c'était un poète. Un crétin poète. C'était un concept.
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